Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 SEMINAIRE …

Gaston rongeait son frein.

Revêtu de sa désormais célèbre cape bleue, Gaston, les yeux levés au ciel, écoutait un individu élégamment vêtu, expliquer le déroulement des jours à venir.

Celui-ci toussota légèrement et, se retournant vers un écran géant où apparaissaient de jolis tableaux remplis de chiffres, il commença son discours formaté à l’attention de l’assistance : une quarantaine d’hommes et de femmes dans la force de l’âge, assis sagement dans de confortables fauteuils rouges, et accoutrés on ne peut plus bizarrement.

 

Gaston et son air de marron desséché n’était pas le plus remarquable. Ah non ! Son voisin le plus proche était torse nu, simplement recouvert d’une peau de bête, sur laquelle était épinglée son identité : « Super Tarzan ».

 

Gaston lui-même arborait la sienne, bien en vue sur sa cape de soie.

LES NOUVELLES AVENTURES EPATANTES ... épisode 4

 Il faut dire que les organisateurs avaient bien fait les choses ! Accueillis somptueusement dans le plus beau palace de la ville, Gaston, et d’autres, comme lui, s’était installé dans une immense chambre moquettée, luxueuse et climatisée.  Comme les autres, des présents l’attendaient sur la table basse : près de la classique corbeille de fruits et la demi-bouteille de Cordon Rouge, un message de bienvenue personnalisé, un bel ensemble de stylos griffés de la marque partenaire, une pochette en cuir contenant des feuilles de papier pour les notes, une magnifique montre … Bref, tout l’attirail du séminariste assidu et sérieux. Et puis, sur l’épais couvre-lit du king-size occupant la chambre, une cape ! Sa cape !

Gaston, surpris, avait déplié la chose. Il n’y connaissait que pouic en vêtements, ayant toujours laissé ce soin à Mauricette. Cependant, il avait vite réalisé que le tissu qu’il palpait sous ses doigts (ce qu’il en restait), ne venait pas d’un vulgaire tailleur de certains quartiers parisiens.

Deux magnifiques « B »  en soie rouge étaient brodés dans le dos.

* * * * * * * *

D’abord intrigué, Gaston commençait à croire que tout cela n’était qu’une lamentable farce. A côtoyer Chico et le monde malsain qu’il fréquentait, il avait déjà failli sombrer dans le luxe, le futile, le dispensable. Il en était sorti in extremis, préférant se consacrer à la survie du monde qu’à son propre plaisir.

Il avait des idées, il y avait tant à faire !

C’est pourquoi, lorsqu’il avait reçu l’invitation à ce séminaire, il s’était dit que c’était enfin l’occasion de réunir des sommités comme lui, des personnages se souciant de l’avenir du monde plutôt que se préoccupant égoïstement de cultiver son jardin, de se prélasser l’hiver à la neige et l‘été au soleil. C’était enfin l’occasion de discuter, de prendre des décisions, de se pencher sur les malheurs du monde, de mettre au point ensemble une stratégie pour les éradiquer.

Qui se souciait aujourd’hui de Fukushima et des tonnes de poison déversés dans l’océan, des conflits un peu partout sur la planète, des dérives et de la puissance de l’argent, des vols, de la corruption, de la violence ? Qui se souciait de remettre l’homme dans le droit chemin ? Les gouvernements ? Peuh ! Tous aussi incompétents les uns que les autres !

Délaissant momentanément le jeune guignol sur la scène, qui déroulait inlassablement le planning du séminaire, Gaston jeta un regard circulaire sur le public présent. Tous avait l’air ravi d’apprendre que ce soir, on leur servirait des spécialités du pays au souper, qu’un spectacle typique suivrait le festin, que demain matin, après un copieux petit déjeuner, chacun se retrouverait en atelier, et qu’il leur serait demandé de répondre à un questionnaire et de plancher sur des thèmes ultra-rebattus.

Quel était le but de ce séminaire, au fond ? Était-ce comme tous ces sommets de chefs-d’états, ces conférences qui se tenaient régulièrement, qui rassuraient les foules, qui coûtaient des fortunes, mais qui ne servaient jamais à rien ?

Et tous ces hommes, ces femmes attentifs, assis là, étaient-ils si matérialistes, voire si corruptibles ? Ces hommes et femmes qui étaient différents, comme lui, et qui tenaient sans doute entre leurs mains innocentes le pouvoir de faire des miracles ? Quel gâchis ! De temps, d’argent, d’énergie …

Son voisin de droite, tiens, qui se faisait appeler modestement « El Enfierno », vêtu d’un costume en satin orange et rouge, coiffé d’un  ridicule chapeau où brûlaient des flammes. Celui-là plaisantait (en espagnol, lui semblait-il), avec un compatriote, s’esclaffant à chaque phrase ! L’autre lui répondait sur le même ton. En somme, ils étaient là en week-end : Super-Tarzan, El Enfierno, Cémoileplusfaure, Sarkozyx, Bernie24, The Great Sausage … Tous à mettre dans le même sac, finalement !

 

Gaston avait remarqué qu’il n’y avait là que peu de femmes. A l’image des sociétés, le sexe dit faible par ces messieurs était chichement représenté dans cette assemblée. Gaston se retourna et alla s’asseoir discrètement à une place libre, près d’une femme, justement, menue, et toute de noir vêtue, qui se faisait appeler « Maya », et qu’il avait remarqué quelques minutes auparavant.

« Excusez-moi, vous parlez français ? » lui demanda t’il.

« Chut ! » répondit quelqu’un dans le public.

La jeune personne se tourna vers lui en souriant et fit un signe de tête affirmatif.

« Croyez-vous notre présence indispensables ? » reprit Gaston un ton plus bas.

 

« Que proposez-vous donc, Monsieur  …. Big Beigne ? » souffla-t’elle, fixant l’étiquette épinglée sur sa cape ?

* * * * * * * *

Tag(s) : #LES AVENTURES EPATANTES DE GASTON MARRONNIER

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :