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GLOUBI-BOULGA FAMILIAL

 

Jules courait. Jules fuyait.  Il était tétanisé. Une espèce de monstre hideux le pourchassait, monstre revêtu d’une chose invraisemblable , pourvu d’ailes immenses, lui donnant une célérité qui inquiétait Jules. Il ne pouvait plus lui échapper ! 

Le monstre ressemblait de loin à une carotte géante, costume orange et vert. Jules n’avait pas eu le temps, et pour cause, de détailler la garde-robe de cette chose qui se rapprochait dangereusement. Affolé, il se dit qu’il n’avait jamais eu autant peur de sa vie, et pourtant, Dieu sait que travailler au côté de Chico n’était pas de tout repos et exempt de danger en tous genre. 

Il en avait vu, des tordus, des tarés, des pas nets, des escrocs … Il ne se faisait plus aucune illusion sur la nature humaine. L’homme, par nature, était méchant, roublard et menteur. Alors, un monstre de plus ou de moins !

Sauf que celui-là n’avait pas l’air d’être prêt à négocier quoi que ce soit.

Il se prit les pieds dans un trou, trébucha et attendit son inéluctable destin.

 

Alors qu’il émergeait d’une espèce de ouate, il sentit qu’on lui mettait quelque chose sous le nez. Il tenta d’ouvrir un œil, puis deux, distingua une forme, et émit un gémissement de douleur.

« Réveilles-toi, maintenant, Jules ! On a à parler ! »

Cette voix !

La voix de Sofia ! Il ouvrit les deux yeux cette fois. Toujours aussi belle, aussi resplendissante, aussi séduisante ! Elle se penchait vers lui dans une pose suggestive. Mais alors qu’il voulut s’approcher d’elle, il sentit des liens l’en empêcher. Tonnerre, que signifiait donc tout ceci ? 

« Oui, mon chéri, tu es attaché ! Il n’est pas question que tu te sauves. J’ai besoin de toi … »

« Mais Sofia, tu peux m’expliquer ? »

« Avant de t’expliquer quoi que ce soit, je t’ai apporté un bol de soupe ! Tu n’as rien mangé depuis hier ! Je sais que tu adores le potage à la carotte, je l’ai préparé exprès pour toi ! » fit-elle d’un air goguenard.

 

Vêtue d’une robe verte moulant ses formes, ses cheveux roux détachés autour de son visage, maquillée discrètement, elle semblait rayonnante. Jules sentit sa tête tourner, non pas parce qu’il n’avait rien avalé depuis plusieurs heures, mais parce que Sofia le chavirait, le troublait.

Sofia le laissant seul, il observa l’endroit où il se trouvait, une espèce de réduit, où étaient empilés divers outils de jardin et de bricolage. Il frémit en voyant une tronçonneuse flambant neuf et en l’imaginant dans les mains de Sofia.

Il sentit sa tête s’alourdir et s’assoupit de nouveau.

*******

Quelques heures plus tard, parfaitement réveillé, Jules, malgré ses liens, tenta de s’asseoir sur le lit et de réfléchir posément. Il se souvenait maintenant de l’appel téléphonique de Sofia, dans le restaurant ou Chico avait organisé cette mascarade. Certes, le repas avait été on ne peut plus agréable, les mets succulents, et le vin … Ma foi, le vin avait été à la hauteur de la réputation de l’endroit ! Les convives, il ne les portait pas dans son cœur. Il se fichait de Martine et Mauricette comme de sa première chaussette, mais il avait été heureux de passer un moment avec Gaston, qu’il aimait beaucoup.

Cependant, il ne pouvait s’empêcher de penser que son patron en avait fait un peu trop. Chico voulait des retrouvailles familiales, et n’avait pas lésiné sur les moyens. Mais la famille reste la famille, avec ses secrets, ses coups en douce, les égos des uns et des autres… De plus, Chico avait refusé de convier sa mère, « Mamie Grimolle », à ce repas, pour des raisons qui le regardaient et sur lesquelles il n’avait pas voulu s’étendre.

Le coup de fil de Sofia était venu apporter une note de douceur, un peu d’air frais dans l’ambiance un peu tendue malgré tout, régnant dans la salle de restaurant.

Sofia lui avait dit vouloir le voir. Rapidement …. Il s’était réjoui de cette nouvelle, bien entendu, étant toujours très amoureux.

Ils s’étaient donc donné rendez-vous le soir-même dans un petit restaurant italien, en ville. La belle avait dû, en cachette, verser un sédatif dans son verre de chianti, car, après ses tomates-mozzarella, Jules ne se rappelait plus rien. Depuis combien de temps était-il ici ? Elle avait du avoir un complice, peut-être plusieurs. Il s’était fait avoir comme un débutant que pourtant, il n’était plus …

 

Il entendit des voix à l’extérieur.

Sofia entra, le sourire aux lèvres.

 *******

Muguette courait comme un papillon affolé, dans sa chambre d’hôtel. Elle saisit à la hâte un moelleux peignoir griffé au nom du palace, et couvrit ses frêles épaules. La police ? Mais pourquoi Mon Dieu ? Elle n’avait rien fait de mal !

Elle, non ! Mais Bernie ?

La police, derrière la porte, se montrait insistante. « Ouvrez, madame, sinon, j’enfonce la porte !».

Prise de panique, Muguette songea un instant à sortir par la fenêtre, afin d’échapper à la menace, mais, du 7ème étage, cela posait un problème qu’elle eut vite fait d’appréhender. Un dernier coup sur la porte eut raison de ses hésitations. Penaude et craintive, elle ouvrit enfin et se trouva face à quatre officiers de police, ainsi qu’au directeur de l’hôtel, qui n’avait sans doute pas pour habitude de voir traiter ses richissimes clients de la sorte.

« Madame, savez-vous où se trouve le dénommé Bernard Taloche, connu également sous les identités de Jean-Paul Rossard et de Jean-Claude Morandini ? »

« Mais, balbutia t’elle, mon Dieu, qu’a-t-il fait de mal ? »

« Madame, il est accusé de bigamie, d’abandon de famille, d’escroquerie et d’extorsion de fonds ! ».

 *******

Jules et Sofia se faisaient face. Elle venait de lui raconter une histoire abracadabrante, qu’il avait du mal à digérer …

La fille de Chico ! Sofia était la fille naturelle de Chico. Celui-ci aurait abandonné sa mère, la danseuse de cabaret Ginette Bourguignon, dit Gigi la Dynamite, 27 ans plus tôt. Elle était morte de chagrin, et Sofia désirait plus que tout la venger. Elle voulait rencontrer Chico, et comptait sur Jules pour arriver à ses fins. Elle avait imaginé tout ce stratagème, la rencontre « fortuite » avec Jules, au bar d’un casino réputé d’une capitale sud-américaine, son intérêt feint pour lui, leur « relation » …

Il comprenait qu’elle n’avait jamais été amoureuse de lui.

« Je veux que tu m’aides, Jules, en souvenir du bon vieux temps … Je veux que tu m’emmènes voir ton patron ! »

« Tu ne sais pas à qui tu t’adresses, ma chère, que veux-tu donc lui dire ? « 

« C’est mon problème …. », répondit-elle sèchement.

« Il ne fera qu’une bouchée de toi ! » ne put s’empêcher de rajouter Jules, ironique.

« C’est ce que nous verrons ! » répliqua Sofia, tout en s’approchant dangereusement de son ancien amant …

Tag(s) : #LES AVENTURES EPATANTES DE GASTON MARRONNIER

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